Thomas regarda l’objet.

— Au début, oui.

— Et maintenant ?

Il hésita.

— Parce que j’ai manqué de respect à votre grade.

Julien secoua la tête.

— Toujours pas.

Thomas fronça les sourcils.

— Alors pourquoi ?

Julien posa la casquette entre eux.

— Parce que vous avez montré que vous pensiez que les autres étaient responsables de vos erreurs.

Le jeune homme resta silencieux.

— L’accident était une erreur.

Il hocha la tête.

— Mais quand vous m’avez accusé, c’était un choix.

Silence.

— Quand vous avez levé les yeux au ciel, c’était un choix.

Thomas baissa lentement la tête.

— Et quand vous êtes parti après qu’on vous a rappelé une règle simple de respect, vous avez montré que le problème n’était pas votre téléphone.

Julien posa un doigt sur la table.

— Le problème était votre manière de penser.

À ce moment-là, Thomas semblait réellement écouter pour la première fois.

Julien prit une inspiration.

— Cette casquette était avec moi lors d’une mission difficile.

Le jeune homme releva les yeux.

— J’ai vu des hommes plus jeunes que vous avoir peur. J’ai vu des familles attendre des nouvelles. J’ai vu des militaires devoir continuer malgré des choses qu’ils n’oublieraient jamais.

Il toucha le bord usé de la casquette.

— Vous savez pourquoi on insiste autant sur les détails ? Pourquoi on demande de respecter les horaires, les procédures, les règles ?

Thomas ne répondit pas.

— Parce que le jour où une situation devient dangereuse, on ne devient pas soudainement discipliné. On agit selon ce qu’on a appris avant.

Le silence remplit le bureau.

— Vous avez cru que les règles étaient une question d’ego.

Julien regarda Thomas.

— Elles sont une question de confiance.

Quelques jours plus tard, une nouvelle information arriva.

Le commandant Lefèvre apporta une capture d’écran.

Un groupe de discussion privé.

Après l’incident, Thomas avait écrit des messages pour se moquer de la situation.

« Le capitaine s’est énervé pour une casquette mouillée. »

Puis :

« Le général est arrivé au pire moment. »

Julien posa la feuille devant Thomas lors de leur entretien suivant.

Le jeune homme pâlit.

— Vous voulez expliquer ?

Thomas resta silencieux.

— J’étais énervé.

— Ce n’est pas une explication.

Il baissa les yeux.

— Je voulais que mes amis pensent que je n’avais pas été ridicule.

Julien resta immobile.

Cette fois, la réponse semblait honnête.

— C’est la première chose sincère que vous dites depuis le début.

Thomas hocha lentement la tête.

— J’ai eu honte.

— Et vous avez choisi de transformer votre honte en moquerie.

Le jeune homme ne répondit pas.

— Le plus inquiétant n’est pas l’accident.

Julien reprit la capture.

— C’est que vous aviez besoin d’un public pour protéger votre ego.

Cette phrase resta longtemps dans l’esprit de Thomas.

Quelques semaines plus tard, il revint dans le bureau avec le commandant Lefèvre.

Les sanctions étaient tombées.

Des permissions annulées.

Une formation supplémentaire.

Une évaluation retardée.

Mais surtout, une obligation de comprendre.

Le commandant posa le dossier sur la table.

— Quelque chose à ajouter ?

Thomas regarda Julien.

Cette fois, il ne regarda pas son grade.

Il regarda l’homme.

— Oui.

Il prit une respiration.

— J’ai eu tort avant même que le général arrive.

Julien attendit.

— Pas parce que vous étiez supérieur à moi.

Thomas regarda la casquette.

— Parce que j’ai fait une erreur et que je me suis préoccupé davantage de mon image devant mes collègues que de savoir si j’avais blessé quelqu’un.

Personne ne parla.

— Je suis désolé, mon capitaine.

Cette fois, il n’y avait pas de phrase préparée.

Pas de formule parfaite.

Juste une vraie excuse.

Julien hocha la tête.

— Acceptée.

Les épaules de Thomas se détendirent légèrement.

— Ne me donnez pas une raison de regretter de l’avoir acceptée.

— Je ne le ferai pas.

Quelques mois passèrent.

La base reprit son rythme habituel.

Les missions, les entraînements, les urgences administratives.

Puis un jour de pluie, Julien sortait du bâtiment principal lorsqu’il entendit quelqu’un crier.

Un jeune militaire traversait le parking en regardant son téléphone.

Un véhicule de service reculait.

Avant même que Julien puisse bouger, quelqu’un attrapa le jeune homme par le bras et le tira en arrière.

Le véhicule passa à quelques mètres.

Le jeune soldat se retourna, énervé.

— Qu’est-ce que vous faites ?

La personne qui venait de l’aider était Thomas.

Il avait changé.

Pas complètement.

Mais suffisamment.

— Tu as failli te faire renverser parce que tu regardais ton téléphone.

Le jeune soldat baissa les yeux.

— C’est bon, j’ai compris.

Thomas secoua la tête.

— Non. Ne dis pas juste « c’est bon ». Assume. Comprends. Change.

Puis il aperçut Julien.

Les deux hommes se regardèrent.

Thomas se redressa.

— Mon capitaine.

— Adjudant-chef.